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La Vidéo selon Jörg NEITZERT : De quelques Hypothèses ?

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Lorsque que l’on pénètre pour la première fois dans l’atelier de Jörg Neitzert, on sera
surpris non pas de l’abondance des dispositifs technologiques dont il s’entoure, ce qui ,
quels que soient les registres et supports de la création contemporaine, tend à devenir
plus qu’un confort, une nécessité . Mais l’on trouvera peut-être surprenant la présence
insistante parmi les livres d’art d’un fort contingent de livres de géométrie ou de
mathématiques . Présences dont on ressent confusément qu’elle n’est pas le fruit de
l’opportunité ou d’une piste de travail ponctuelle et particulière mais bien l’accompagnement
constant d’une vie.

Et, en effet, à mesure que l’on connaît ses travaux et que l’on en devient familier, on
découvre qu’une telle constante n’a cessé de nourrir son œuvre de ces polyèdres réguliers
selon le « secret du monde » de Kepler, ou des propositions logiques de Gödel et,
bien entendu, de toutes les correspondances, équivalences, démonstrations que les
artistes ont, de tout temps, tirées de telles propositions. Et ce depuis l’Italie ou l’Allemagne
de la Renaissance jusqu’au Kandinsky du Bauhaus, jusqu’aux figurations de l’utopie
géométrique d’ Escher, sans oublier les « fractales » prémonitoires de Pollock, et,
bien entendu la vie et l’œuvre de Marcel Duchamp. Car il est assez établi que la rupture
de celui-ci avec l’art (en tous ses supports confondus) de son temps est à trouver dans
la lecture qu’il fit de l’œuvre théorique du mathématicien Henri Poincaré
(autre découvreur de la relativité ! ) .

Pour autant Duchamp sera aussi pour Jôrg Neitzert comme une marque, une borne frontière,
lorsque au début des années soixante jeune dessinateur graveur Il découvrit à Düsseldorf
et par Joseph Beuys, que le silence de Duchamp était somme toute « surestimé » .
Fixé, quoique nomade impénitent, à Paris à la fin de ces mêmes années, Neitzert produit
alors des séries de gravures et d’aquarelles toutes dédiés aux utopies géométriques ou
aux réalités non visibles, non-discernables, charmes non-euclidiens, espaces courbes selon
Gauss et mystères infinis du ruban du ruban de Möbius .

le ruban de moebius dans l\'atelier neitzert

le ruban de moebius dans l'atelier neitzert

C’est d’ailleurs à celui-ci qu’il devra de se trouver dans une situation qui va réorienter son
œuvre plastique. Au début des années 1990 filmant en vidéo presque par hasard l’un de
ses rubans, multicolores, ( qu’il aime à peindre ou à confectionner depuis des années,
en papier, en tissus) il découvre dans le désert Marocain, puis en Inde et aux hasards des
vents, des formes et des virtualités formelles neuves ou novatrices . Il pense alors à une sorte
de révélation qui résoudrait cet impensé ( qui peut-être est à l’origine du » silence »
de Duchamp) et que Poincaré énonçait comme une limite de la science : son incapacité à
atteindre les choses, et en conséquence, proposait que sa seule efficacité ne pouvait se situer
que dans l’atteinte et la description de la relation entre les choses . Ce qui, après tout est
aussi la condition nécessaire et suffisante de toute création artistique .

Dès lors Jörg Neitzert choisira d’inscrire, et aujourd’hui encore, ses travaux dans et par les
moyens de ce qu’il est convenu d’appeler l’art vidéo et les ressources de l’image numérique.
Pour autant il n’aura n’a jamais été en ce domaine un néophyte . Il pratiquait celles-ci depuis fort longtemps, au moins pour des captations de performances, ou des sortes de croquis de
voyages. De plus, – établi en son atelier galerie de Saint-Chinian – il associera toujours
aux corpus des expositions qu’il présente au moins une œuvre vidéo et souvent parmi les plus indiscutables propositions du genre .

L’œuvre vidéo de Neitzert est donc traversée de tout cela mais elle cherche pas à poser
que l’art vidéo ou l’image numérique soit l’art après l’art . Il ne suggère en effet, dans cet
« après » qu’il organise avec la rigueur des familiers du trait et de la gravure, que des repères,
des registres, des énumérations de mouvements , des figures, de formes, et des relations de
celles-ci entre elles et entres elles et nos regards, nos sensibilités. Rien, pourtant, chez lui n’est conservateur, car c’est l’homme de la collecte des curiosités mutantes comme gages probables
de nos avenirs . Un humaniste conséquent , faussement égaré en ce temps, mais qui sait néanmoins où il va , et par cette vertu, nous y entraîne.

Daniel Bégard . Janvier 2009

Written by doris

January 12th, 2009 at 4:02 pm

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