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Femmes de demain en noir et blanc-Encres pour textes et silhouettes
La Poudrière, Narbonne décembre 2009
“Un groupe de femmes de la cité des Platanes invitent les habitants du narbonnais à découvrir leurs travaux d’écritures et d’arts plastiques, dans le cadre de l’exposition “Femmes de demain en noir et blanc. Encres pour textes et silhouettes”.
Cette exposition est l’aboutissement d’un travail mené d’octobre 2008 à mai 2009 dans le cadre des ateliers du centre social AMPG de la Résidence des Platanes à Narbonne.
Un financement accordé par la caisse d’Epargne Languedoc Roussillon à permis à l’AMPG de s’entourer de professionels pour aboutir à cette qualité : l’Association Cépages dEncres, au travers de Françoise PARAN et Henry MIGAUD pour mener les ateliers d’écriture; Fernand SOUAL et Bruno SELLENET de l’Association Aux Z’Arts, pour explorer l’expression artistique dans le domaine des arts plasitques.
Les intervenants des Associations Cépages d’Encre et Aux Z’Arts ont dévéloppé une approche ludique pour guider le groupe dans la créativité et l’amener à s’engager dans une démarche artistique.
La thématique dominante et dévéloppée au fil des séances est restée: l’écriture, le trait, le signe et la lettre pour progresser vers le texte, la texture et le textile.
La relation privilégiée qui s’est nouée entre le groupe et les intervenants a permis de rendre ces ateliers conviviaux , ouverts et spontanés, un lieu où la parole a circulé en toute spontanéité et confiance, un lieu où l’expression artistique de chacune s’est exprimée en toute liberté.
La bande sonore qui diffuse des chants, des voix récitants les textes, des scènes de vie sur la Résidence des Platanes… à été réalisée par Michel Laurant (de l’Association Cépages d’Encres), en situation pendant les ateliers ou lors de visites de la cité.
Enfin, la Mairie de Narbonne au travers de Madame CATHALA, a soutenu ce projet dès son démarrage et a permis de faire valoir leur démarche artistique, dans un haut lieu culturel de la ville de Narbonne.
Serge Griggio – Rendez-vous à L’atelier
Narbonne : L’expérience de l’Atelier des Pénitents 
Il existe une question, simple, qui ne nous vient pas naturellement. Qu’est-ce que l’art pour nous, comment se vit-il, ? se fait-il ? qui le produit et pourquoi ? .Or, il ne s’agit là, que d’un devoir que nous devrions avoir au nom de notre citoyenneté, une exigence lointaine d’un précepte platonicien « recherchez l’âme au moyen de ce que les yeux perçoivent ».
Chacun sait, fut-ce vaguement qu’il existe des politiques culturelles et des acteurs
multiples du même nom, supposés entretenir au nom de la République si ce n’est le goût des arts, au moins l’idée qu’il puisse y en avoir un ! . Mais ce constat suffit rarement. Il faut donc revenir à notre exigence car si le pouvoir politique est loin de nos impulsions et de nos désirs, l’art, par les artistes qui le font est-il, lui, plus proche de nous et de nos attentes ?
Narbonne aura connu cet hiver, un ensemble de situations construites autour de la mise en œuvre de l’exposition-atelier de Serge Griggio qui permet peut-être d’y voir plus clair. À l’origine une proposition peu fréquente, un artiste invité à présenter son travail dans un lieu dédié, souhaite faire de celui-ci temporairement son atelier. Proposition que soutiendra l’équipe culturelle de la municipalité. Ce qui suivra va devenir alors une aventure humaine et artistique, insolite et passionnante.
Dans un atelier, on travaille, on produit. Griggio y peint pour lui, mais il y enseigne ou initie jeunes élèves et collégiens. Dans un atelier, on se rencontre, on se parle, on échange des idées et des outils. Les artistes invités y laisseront leurs propres travaux, les commenteront, feront réseau pour porter leur part du projet. Les collectionneurs, les amateurs seront aussi de la partie, et d’autres disciplines s’y mêleront et s’y confronteront.

Bruno Sellenet
Enfin et ce fut décisif, ce passant curieux, ce voisin, ou celui qui, par bouche-à-oreille, sera venu pour voir, s’attardera, commentera avec qui est là, de ce qui est là, ou de ce qui pourrait y être. L’atelier reprendra alors son sens premier car on y produira collectivement du sens, selon des savoirs et des désirs mis en commun. En bref tous ceux qui y seront passés auront ainsi vécu, pour un temps, la belle expérience d’une formation d’unités actives de solidarité, condition première d’une citoyenneté réelle. Cet Atelier qui ne se voulait pas être une leçon pourrait bien toutefois être aujourd’hui un modèle nécessaire.
Daniel Bégard.
Rendez-vous à l’atelier
Exposition prolongée du 13 au 20 décembre 2009
et du 4 janvier au 14 février 2010
“AU BRUIT DES FONTAINES”
DECOUVERTE D’ŒUVRES DES ARTISTES INVITES
DANS LE CADRE DE L’EXPOSITION DE SERGE GRIGGIO A LA CHAPELLE DES PENITENTS BLEUS
4 JANVIER – 14 FEVRIER 2010
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Du 4 au 10 janvier 2010 : les œuvres de Yseult Houssais et Florian Guillet
Du 11 au 17 janvier 2010 : les œuvres de Piero Mosti-Dusi
Du 18 au 24 janvier 2010 : les œuvres de Gilbert Garcia et Muriel Navarro
Du 25 au 31 janvier 2010 : les œuvres de Daniel Bégard, Fernand Soual, Bruno Sellenet et Claude Meurisset.
Noir de l’aube, Jour brun
Nuits blanches
À propos de Paul Celan
pdf à télécharger ici:
Du 1er au 7 février 2010 : les œuvres de Chantal Lekim-Paicheler
Du 8 au 14 février2010 : les œuvres de Véronique Vialade-Marin et
Claudio Cravero
PROGRAMME DE RENCONTRES DANS LE CADRE DE L’EXPOSITION DE SERGE GRIGGIO
A LA CHAPELLE DES PENITENTS BLEUS
“RENDEZ-VOUS A L’ATELIER”
4 JANVIER – 14 FEVRIER 2010
Mercredi 13 janvier à 18h30:
Pier Giorgio Corchia, directeur de galerie d’Art
Patricia Livolsi, artiste
Rencontre – Lecture d’auteurs italiens
Mercredi 27 janvier à 16h15 :
“ Autour de l’œuvre de Paul Celan”
Daniel Bégard, critique d’art
Bruno Sellenet, plasticien
Fernand Soual, plasticien
Claude Meurisset, plasticien
Entretien – Lecture d’extraits de poèmes de Paul Celan par Doris Schläpfer et Remy Soual
Mercredi 10 février à 18h30 :
Véronique Vialade-Marin, professeur de Lettres, photographe
Dominique Marin, psychanalyste
Vendredi 12 février à 18h30 :
Présentation des tableaux de Serge Griggio réalisés durant l’exposition “Rendez-vous à l’atelier”
Carte blanche à de jeunes créateurs
invités par Serge GRIGGIO dans le cadre des Rendez-vous à l’atelier
Le Samedi 12 décembre à 18h30
en présence des artistes :
Seloia Achouri – Maeva Barrière – Idriss Bigou Gilles – Sophie Minana
Pauline Moulis – Gaëlle Navarro – Lisa Roques – Sandra Rossi
ainsi que les dessins réalisés par les élèves de Narbonne
et les jeunes de l’hôpital de jour lors de leur visite à l’atelier
La soirée sera ponctuée par diverses interventions musicales, artistiques et littéraires.
Tristan Laroye (vidéo art) – Bizern (lectures extraites du roman Vertiges)
Stéphane Kowalczyk (installation vidéo) – Grand destin (rap)
Lez’Arts abstraits (rock) – Flavio Griggio (batterie)
Carte blanche à de jeunes créateurs
invités par Serge GRIGGIO dans le cadre des Rendez-vous à l’atelier
Au bruit des fontaines : l’art contemporain et quotidien en région. Découvertes d’œuvres,
les artistes invités aux Pénitents Bleus . Narbonne du 14/10 au 2/12 2009
Présentant un ensemble de travaux qui sont autant de témoins de ma vie de créateur en région, j’ai souhaité inviter, pour partager ce moment, les artistes que j’ai connus au cours de ces années , et dont j’ai apprécié le travail . Il y a bien sûr entre nous des liens d’amitié et d’estime réciproque, mais aussi et peut être surtout une sorte de solidarité qui tient à ce que nous affrontions les mêmes conditions pour créer une œuvre artistique en région tout en restant profondément attachés à celle-ci , ce quelles que soient nos origines et nos choix esthétiques . Ces artistes montreront un choix de leurs œuvres récentes , à tour de rôle , au sein de ma rétrospective, d’autre part ils présenteront celles-ci à nos visiteurs selon le programme des rencontres joint . J’espère vous retrouver nombreux à chacune de ces occasions
Serge Griggio
Du 14/10 aux .20/10 : artistes invités (œuvres exposées): Ballard et Sylvie Romieu
.Le 22/10 a/C de 16h30 Rencontre avec Daniel Bégard et Bruno Sellenet
Du 22/10 au 27/10 artistes invités Daniel Bégard et Bruno Sellenet
Le 28/10 de 16h30 à 18h Rencontre avec Christian Hadengue et Claudio Isgro Du 28/10 au 3/11 : artistes invités Christian Hadengue et Claudio Isgro
.le 4/11 de 16h30 à 18h . Rencontre avec Claude Abad et Martine Trouïs Du 4/11 au 11/11 artistes invités Claude Abad et Martine Trouïs
.Le 12/11 de 16h 30 à 18h : Rencontre avec Philippe Chapert-Gaujal et Fernand Soual Du 12/11 au 17/11 : artistes invités Philippe Chapert-Gaujal et Fernand Soual
.le 18/11 de 16 h 30 à 18 h :Rencontre avec Jean-Christophe-Alix et
Claire Charpentier Du 18/11 au 26/11: artistes invités Jean-Christophe Alix et Claire Charpentier
.Le 27 /11 de 16 h30 à 18 h : rencontre avec J.P Poutier et J.Mathès
Du 27/11 au 2/12 : artistes invités : JP Poutier et J.Matès
Mercredi 14 octobre à 18h30 :
Céline Juton, responsable culturelle, médiatrice
Lecture du texte de présentation de l’exposition
Mercredi 21 octobre à 16h15:
Daniel Bégard, critique d’art, écrivain, peintre
Laetitia Deloustal, chargé de mission en Histoire de l’Art
Mercredi 4 novembre à 16h15:
Anne Pannifous, galeriste – galerie Carpe Diem à Carlabayle (Ariège)
Louis Privat, chef d’entreprise, collectionneur
Mercredi 18 novembre à 16h15:
Emmanuel Darley, écrivain, dramaturge
Dominique Marin, psychanalyste
Valérie Schlée, écrivain
Mercredi 2 décembre à 16h15:
Laetitia Escalier, danseuse
Les musiciens du groupe Les Chats fourrés, répertoire d’Alain Bashung revisité
Samedi 12 décembre à 18h30: Carte blanche à de jeunes créateurs
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SERGE GRIGGIO : Récits et refrains des seuils.
« Ne pourrait-on, pensais-je alors, reprendre seulement la série des
faits, et refaire le récit. Aucune objection raisonnable ne s’étant présentée,
mon parti fut pris aussi tôt «
Alessandro Manzoni « Les Fiancés-introduction » 1823
Comment devient-on peintre, et d ‘abord , peut-on le devenir ? Cette question , Serge Griggio a dû l’entendre , mais il est de ceux à qui l’on ne la pose plus. C’est un usage qui certes peut sembler absurde, mais c’est aussi une mauvaise politesse de ne pas la poser.Car un créateur aurait à contrario bien des raisons de souhaiter que l’on la lui pose, et c’est d’ailleurs ce qui serait justement délicat et de bon goût de faire. Pour autant une rétrospective portant sur une période assez conséquente d’une œuvre peut paraître un moyen raisonnable d’essayer de la comprendre . Et l’artiste lui-même qui se dépouille ainsi de son passé peut y trouver les ressources pour s’interpeller lui-même s’il en éprouve le besoin.
Une rétrospective ordinaire s’organise en conséquence en jouant des durées, des lieux et, bien entendu des manières et ou des thématiques. C’est ce qui fait la coutume autant que l’usage des
« catalogues raisonnés » . Autant dire qu’il ne s’en déduit logiquement que des parcours, des fléchages, des haltes, soit un ordre naturel pour toute muséographie. Car un tel ordre suggère un dispositif linéaire qui convient parfaitement pour les (forcément grands) disparus et pour quelques vivants qui ne rechignent pas devant une commémoration aussi balisée que prématurée. Le seul défaut qu’au demeurant l’on puisse valablement opposer à celui-ci étant que l’on élimine ainsi tout véritable récit.
Or une œuvre n’est pas un parcours donné d’avance et repéré comme tel, elle n’est que le relevé des traces qu’elle aura laissé .Une œuvre est en effet un récit, ou mieux une suite de récits composés et chantés dans le temps d’une vie, et dans les lieux de celle-ci. Avec des reprises et des recoupements, des couplets et des refrains. Il faut reconnaître toutefois qu’un tel décryptage de récits singuliers n’est pas forcément chose aisée. La nature de l’œuvre en effet, les conditions de sa conception, choisies ou subies par l’artiste, peuvent brouiller les tours et retours des récits. Mais disons le Serge Griggio est clairement l’homme des récits construits dans la rigueur et sans masques ce qui nous en facilite la lecture.
Et l’on revient par là, à la question du « devenir peintre ». Il n’y a pas en ce domaine de décision volontariste, il y a plus vraisemblablement une mise en marche, une sorte de porte, de seuil que l’on passe. Et le premier récit commence avec cette avancée-là . D’où vient cette mise en marche, ou mise en ordre de la création ? probablement d’un jeu de forces « des quantités de force, en relation de tension, pour un objet qui lui-même est force « qui constituera le début d’une histoire « par la succession de forces qui s’en emparent et leur cohabitation « écrira Gilles Deleuze (1).
On pourrait dès lors interroger,prioritairement, ce moment d’origine dans ses rapports, conscients ou non, aux permanences de ces « images-pathos « ces images « survivantes » analysées, à la suite de Warburg,par Georges Didi-Huberman .(2). Notamment en ce qu’elles nourriraient ou provoqueraient toute création tendant à une représentation. De plus, de l’addition de cette mise en « marche » et de ces survivances naîtrait alors quelque chose de nécessaire pour passer outre le premier seuil et dérouler au moins le premier récit. Néanmoins le moment originel persisterait comme une nécessité de repère, voire une modélisation toujours à reprendre, a chaque seuil, mais qui retient et s’enrichira, (dans ce qui deviendra une œuvre d’artiste), des acquis emblématiques des seuils successifs . Toutes ces avancées et ces retours ayant formes de couplets et refrains, d’une même ritournelle .
Or celle-ci a justement ceci de particulier : « qu’elle fabrique du temps. Elle est le temps impliqué « (3) et partant la ritournelle serait possiblement un mouvement rétrograde seulement formé d’un cercle fermé’ ’ . Mais, Gilles Deleuze, encore, qui en analyse les effets, remarque par ailleurs que si la peinture a ses propres ritournelles c’est parce que le peintre (au moins dans l’image que l’on s’en fait et à la différence d’un musicien) serait beaucoup plus ouvert socialement, beaucoup plus politique, beaucoup moins contrôlé du dehors et de dedans. Ce parce qu’il doit à chaque fois recréer (…) à partir des nouveaux « corps de lumières et de couleurs qu’il produit .(4) .
Je n’ai pas cherché à dresser ci-dessus un modèle théorique absolu,
mais il se trouve que pour la rétrospective que présente ici à Narbonne Serge Griggio, on y trouvera un éclairage utile, à défaut de l’explicitation d’une œuvre qui ne peut appartenir qu’a l’artiste lui-même et au goût qu’il a, ou non, de nous la livrer. Mais avec le recul que permet cet exercice, il semble possible de tenter de relever de quoi et comment s’est fait cette œuvre, ses couplets, ses mélodies, ses rythmes, ses refrains et ritournelles renouvelés.
Les premiers travaux (1979 1982) de Serge Griggio sont de ceux que l’on peut attendre d’un jeune homme qui se sent en capacité d’affronter les mystères et complexité de la représentation. Et assez naturellement le passage du seuil se fait par des imaginaires dominants. Rien d’étonnant donc d’y retrouver une sorte de figuration cosmique ou l’humanité n’est que flottante, ou un visage de femme se fondant dans les eaux. Mais on les notera ,pour ce carnet de voyage dans une œuvre singulière, parce que l’incertitude de la condition humaine, ou l’impossible nostalgie de la femme aimée, mère ou amante, y seront récurrentes, et comme la marque d’un manque.
Viendra un temps qui pourrait être celui de la maturation technique, et d’une conscience du refrain, et du rythme. Les sujets et le mode de la représentation feront penser, quelques fois à de Stael. Mais en l’occurrence c’est là probablement plus « l’être ensemble » des musiciens qui compte qu’une référence plastique assez anecdotique. La série de ces travaux (1983-1987) est, à mon sens clôturé par un grand format intitulé « entracte « qui est d’une tout autre importance. Parce que c’est à l’évidence là un nouveau seuil qui est franchi . En effet, les traits –qui pour la première fois dominent nettement et pour eux-mêmes la composition – imposent une vérité qui n’est autre que le désir ou la nécessité d’abstraction . Et parraléllement les fonds, jusqu’alors peu traités, en deviennent »acteurs « à part entière. Enfin la figure, et semble-t-il corrélativement, les corps humains sont pour le coup sortis de scène .
Ce qui va suivre (1988/1999) mais bien entendu, tout découpage de cet ordre est arbitraire car il néglige d’évidents chevauchements – s’inscrira d’abord par une suite de vues d’ateliers dont on ne voit surtout que le chevalet de l’artiste où plus précisément les traits qui le décomposent le désossent, le déconstruisent. Puis dans une autre série ce même chevalet qui a perdu toute substance matérielle, au point d’en devenir une sorte d’idéogramme , d’écriture, s’envole littéralement dans des compositions de plus en plus complexes dont l’équilibre n’est assuré que par une maîtrise, elle-même hasardeuse (couleurs, vibrations et matières des fonds). Il serait probablement faux de voir dans une telle thématique une symbolique critique du métier de peindre. Plus utilement alors, s’il fallait s’aventurer dans un tel registre , il faudrait en retenir le désir d’envol et/ou celui d’un chaos… reconstructeur. On sera donc tenté de voir dans une série postérieure où la représentation s’affronte au damier et aux figures d’un jeu d’échec comme une parabole de ce désir en action.
Désir donc mais aussi constat d’une situation, et mise en scène de celle-ci.Car il est bien possible que ce qui était en cause alors renvoyait à ce problème que les peintres ne peuvent éviter et qui est selon Gilles Deleuze lorsqu’il le relève à propos de Bacon : « que le problème de la capture des forces si conscient qu’il fût, se trouve mélangé avec un autre également important (…) celui de la décomposition et recomposition des effets ».(5) .Et de fait cette série de toiles où le rôle des fonds et des traits, (autonomes ou palimpsestes de figures dissoutes) s’accentue pourrait être une démonstration de la nécessité, pour un peintre d’élaborer un » diagramme « personnel qu’il déclinera dans ses œuvres suivantes. Hasard ou clin d’œil cette sorte de rupture intime est en quelque sort à placer sous le digne de la présence quasi permanente d’une pièce particulière du jeu, un cheval et un cheval bleu, un « Blaue Reiter » ! enseigne depuis Kandinsky du désir « de vivre le spirituel dans les choses matérielles et abstraites (6)
Du bleu encore et envahissant dans une toile (1991) fond et décor d’une sorte de fenêtre, striés par les persistants traits des œuvres précédentes. Le carré (fenêtre ouverture) , dans cette composition abstraite joue alors comme un appel, à l’évasion spirituelle à moins que comme l’écrivait alors Marie-Germaine Faure, cela soit la marque de la « subjectivité déchirée « de l’artiste. C’était en tout cas certainement, une injonction pour lui car les toiles qui suivront (1991 1999) feront certes la part belle à ce qui ressort probablement de la subjectivité, mais elle vont rompre aussi avec bien des données constantes des œuvres précédentes.
Les couleurs d’abord dont la palette est bouleversée par l’arrivée d’ocres, de rouges, de bruns, par les thématiques ensuite qui interrogent des restes architecturaux, de murs peints pour des compositions où la figuration fait retour. Effets probables d’un voyage en Italie, de ressourcement quasi familial, mais surtout voyage aux sources de la peinture.Son ami, le peintre Mazzini dira alors que Griggio « invitait aux portes d’un univers métaphysique.
Mais il se peut que ce seuil-là ne soit pas ceux que l’on veuille franchir
parce que peut être, on y perdrait d’entendre la « ritournelle » originelle, celle qui vous avait mit en marche. Les toiles qui vont clore cette époque l’expriment peut-être assez précisément. Un fauteuil ou une chaise, banalités peut être, mais servies par des « morceaux de peinture « fonds lourds et sombres, épaisseurs d’ombres blanches, rouges imprévus et tranchants. Puis une autre série, l’objet, la chose demeurent en prétextes pour se dissoudre mieux. Retour des traits, et abstractions. Pourtant le brio de certaines de ces toiles fait ressentir plus vivement encore un manque violent . Celui de la figure, des corps, et de l’humanité ordinaire .
On pourra avoir alors le sentiment que l’artiste craint un assèchement
de son œuvre et qu’il ressent cela comme un carcan pour prendre le titre
d’une toile tout à fait atypique en regard de ce qu’il a fait jusqu’alors, tout d’une grande et forte gestuelle noire . C’est probablement pour cela
que lui viendra le désir de s’engager (1999- 2006) autrement, et dans une quête novatrice.
Comme le dira fort justement son amie et consoeur Syvie Romieu , qui en sera témoin : « En peignant ses angoisses , ses peurs et ses doutes l’homme Griggio ne peint plus que l’homme, dans son opacité, dans sa transparence , l’homme dans sa nudité profonde . Et le peintre rencontra l’homme « . De fait Serge Griggio va nous livrer alors des séries de toiles figuratives d’une grande maîtrise technique , où il traque la misère faite aux hommes , l’affaissement et la dignité qui se cherche encore .Les gestes qu’il montre ont l’exactitude crue du reportage , mais il sait faire
comprendre aussi les corps en solidarité , en secours de ceux qui, tombent . Et pour rendre toute cette vie vraie et terrible, il la peindra dans -un crépuscule de dérive qui dira l’écrivain Jean-Claude Pirotte « n’en finit pas de ralentir et d’allonger les gestes avant de lancer un trait qui fulgure »

Il poursuivra en cherchant dans les corps , et ce dans toutes les attitudes qu’ils prennent et les plus passionnelles , celles de l’amour ou de la passion christique , les mystères qu’ils portent en eux dans et avec les stigmates des misères sociales ou culturelles qu’ils subissent . Ce qui est d’ailleurs, mais par un tout autre chemin et par une autre porte, franchir un seuil « métaphysique ».
Dans ces productions les plus récentes Serge Griggio a repris et étendu
le chant d’une telle approche . D’une part , et usant pour une première fois de ce mode d’intervention , il a livré avec ses installations « Totems et mythologies des temps modernes » (2008) -où il use de containers de déchets et d’une figurine d’argile , sorte de golem représentatif de ces corps et gestes qui anéantissent qu’il peignait précédemment ,- une réflexion forte et amère . À la fois sur la survivance des mythes dans et malgré les aspects triviaux de nos sociétés, et sur l’engagement de l’artiste et le destin de ses œuvres. Depuis il a entrepris la mise en oeuvre d’une autre intervention importante « Uno sguardo dentro la vita « consacrée aux portraits de femmes , c’est-à-dire aux regards qu’elles
portent sur lui et qu’il a porté sur elles . Introspection décisive s’il en fut et qui le sera certainement pour lui, faisant ainsi retour au « refrain « qu’il lui fit franchir un premier seuil de création.

Enfin il faut remarquer que l’initiative de Serge Griggio d’installer son atelier dans le lieu même de sa rétrospective, pour y être ainsi disponible aux visiteurs, comme ses invitations à des confrères d’ exposer avec lui, ou celle faite à différents acteurs de l’art contemporain en région pour y débattre ensemble, témoignent de la volonté permanente qu’il a d’être aux plus près des problématiques de son art.
Daniel Bégard . Octobre . 2009
Notes :
1 Gilles Deleuze « Francis Bacon-Logique de la représentation »
Le Seuil éditeur . Paris 2002
2 Georges Didi-Huberman « L’image survivante » Editions de minuit Paris 2002
3 Gilles Deleuze et Félix Guattari « Mille Plateaux «
Éditions de Minuit . paris 1980
4 G.Deleuze/F.Guattari Ibid.
5 Gilles Deleuze .Ibid
6 V.Kandinsky . Lettres 1913
Rendez-vous à l’atelier avec Serge Griggio:
voir le documentaire
la conférence de Daniel Bégard et Laetitia Deloustal
voir la vidéo
“Aire de repos” Renaud Helena au L.A.C.- Sigean
« le LAC se fait aire de repos » Renaud Helena
Sigean – L.A.C. (lieu d’art contemporain)
Exposition du 11 octobre au 8 novembre 2009
Ouvert samedi et dimanche de 14h à 17h
Cette magnifique cave viticole transformé en lieu d’exposition nous invite à vivre une paranthèse ouverte sur le bord des chemins. Les travaux de Renaud Helena possèdent une esthétique empreint d’une banalité qui laisse percevoir la faille de ces espaces publics anonymes, ses limites et ses bords comme autant de possibilités d’accès et d’issue. Alors derrière la surface, on peux tracer de nouvelles conduites, un déplacement trouble jusqu’aux imaginaires.
Suite à la résidence d’artiste effectuée avec le partenariat du L.A.C. au collège Victor Hugo de Narbonne et le projet artistique mené aussi avec les collèges de Port-la-Nouvelle et Sigean, Renaud Helena présente un travail nourri de cette expérience unique et des rencontres avec les collégiens du narbonnais.

A l’origine, il y a la découpe et le pli, deux gestes qui lient surface et volume. Pliées et dépliées telles des pop-ups, les sculptures de Renaud Helena sont susceptibles de disparaître et de réapparaître. Les morceaux assemblés avec des charnières reproduisent le processus de découpage et de pliage d’une feuille de papier. Ici le MDF (médium) utilisé permet aux volumes d’avoir une stabilité tout en gardant la souplesse du papier. En effet, tels des pantins articulés, les volumes reposent sur leurs poids en équilibre ou même ne peuvent pas tenir debout. L’attention portée à la gravité est aussi importante que celle portée à l’espace. Alors, ce qui fait image s’affaisse comme pour connoter un rapport de tension avec la pesanteur du réel.
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Décor de théâtre fatigué ou table de camping pliable, une mise en scène fragile s’installe. Les formes simples évoquent une architecture sans identité, empreinte de banalité. L’installation des volumes en “jardin à la française” avec de grands axes contraste avec l’aire de repos. Elle est un non-lieu dépourvu d’histoire, un espace de transit purement fonctionnel. L’artiste a voulu se limiter à des lieux communs comme pour faire résonner les limites de ce dispositif devenu volumes inconsistants à peine stables.
Dans cet espace minimaliste un peu trop maîtrisé résonne le vide, une incapacité à habiter ces lieux publics anonymes, si ce n’est, dans la transgression, le soir venu, où alors une réappropriation sauvage de l’espace trace de nouvelles conduites.
Pour plus d’information consultez le journalderesidence.blogspot
et le site de Renaud Helena


Christian Hadengue à la Maison des Arts Bages
La Maison des Arts
8 rue des Remparts – 11100 Bages
du 18 septembre au 25 octobre 2009
exposition ouverte du mercredi au dimanche
de 14 h à 19 h ainsi que les jours fériés
Tel : 04 68 42 81 76
Le toucher est l’origine de l’art . À tout le moins il n’y aurait pas d’art sans ce mouvement qui permet la sensation et propose la matière comme lieu de son exercice. Et de tous les hommes qui sont encore en capacité directe, de vivre ce moment sans qu’interfèrent les prothèses ou les paramètres d’évaluation, l’artiste est de ceux pour qui ce contact originel demeure vif et nécessaire.
Christian Hadengue ne le démentira pas qui a découvert une curieuse papeterie laotienne, sorte de cahiers pour l’exercice des traditions artistiques de l’Extrême-Orient où l’œuvre se pense simultanément, création du support, calligraphie, et représentation peinte n’étant que parties d’un tout. Hadengue dont les choix artistiques portent à privilégier souvent « une iconographie de la trace, parfois d’un fragment « a compris le parti qu’il pouvait tirer de ce papier non relié, ou en feuilles, mais plié . Il a su s’approprier ces supports pour des abstractions subtiles, pulsions libres et maîtrisées. Un lyrisme sous contrôle, propre à un séquençage permettant comme l’a écrit Valérie Schlée de« s’asseoir le dos au tumulte, dessiner un fil dans l’air, tout un fouillis en distance et déplacement « Cela dit il y avait dans cette appropriation le risque, de faire de ces cahiers de trop« beaux objets », décoratifs . Christian Ha dengue a voulu l’assumer et, par son évidente authenticité, aura su, pour l’essentiel, échapper à ce piège.
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On le comprendra aisément en se confrontant à l’important ensemble de travaux, sur des supports classiques, qu’il présente également à Bages. On y découvrira un univers artistique d’une grande rigueur fait d’une volonté de sortir du plus profond de soi une vérité, entre doutes refusés et certitudes fragiles, émotions et distanciations, chairs et rêves. Tout cela laisse l’impression d’une déchirure secrète, d’une blessure comblée mais comme regrettée, traces et comètes d’une sidération, d’une façon d’expansion intime ou le prix à payer pour elle. D’où viennent peut-être ces figures cosmiques que l’on peut croire voir dans ses grands formats (la série des « inter-actives’ ) d’acryliques et de pastels servis par de belles compositions et une technique irréprochable, En clair, il est important de retrouver ou de faire rapidement connaissance avec la sincérité de l’œuvre de Christian Hadengue et de la suivre avec l’intérêt qu’elle mérite .
Daniel Bégard
magazine olé
“au fil du temps” au CLAP Paraza, Friedbert Wittich, Chahnaz Kherfi, Doris Schläpfer
PARAZA : Clap pour Schlaepfer, Kherfi, et Wittich !
exposition du 31 juillet au 12 septembre 2009
Un nouveau lieu d’art est une bonne nouvelle. Et en cette saison d’été, un peu morose cette naissance aura suscité un intérêt justifié. Le C.L.A.P de Nicole et François-Xavier Carrière a de beaux atouts. Un site agréable, des volumes encore restreints mais prometteurs. Toutefois
la programmation de cet été ne proposait guère une ligne éditoriale précise et cela brouillait un peu les regards de cette première approche.


Doris Schalaepfer dont on connaît, par ses réalisations multimédias, le souci de la rigueur et l’inventivité ne perd rien de ses qualités en passant de l’autre côté du miroir. Son travail y gagne une évidence forte lorsqu’elle s’intéresse ici à l’ombre d’un figuier familier. Or l’ombre projetée par un sujet, un corps est, on le sait, l’une des sources de toute représentation. Il fallait donc du courage ou une insouciance enjouée pour s’affronter à un tel enjeu. Son travail tout de relevés, et d’observations attentives des nuances infinies entre noir et gris bleuté, est remarquable et à la hauteur du défi, mais il ne prend de valeur visiblement que sur d’assez grands formats. Elle n’en présente que peu . Dommage. On souhaite, au CLAP ou ailleurs, revoir ce travail dans de meilleures conditions.
Friedebert Wittich propose d’intrigantes pièces sombres qui ne cèdent jamais aux facilités qu’entraînent trop souvent les projets revisitant la monochromie noire. Ses propositions au contraire portent la marque d’une authentique et autonome recherche personnelle . Le noir en somme est ici restitué comme produit d’une saturation de couleurs, qu’il faut creuser, griffer, sonder pour retrouver un possible récit originel et singulier. On suivra à l’avenir Wittich avec beaucoup d’intérêt.
Décalée , beaucoup trop décalée avec un tel voisinage Chahnaz Kherfi montre une série de scènes sur papiers où passent des personnages colorés. C’est agréable, mais on voit mal où mène ces propositions illustratives si ce n’est comme objets décoratifs. Il eut fallu lui
Imposer de montrer de façon plus conséquente ces travaux de plus grands formats noirs et blancs, encre sur papier, où s’affirment à contrario une personnalité que l’on aimerait mieux connaître.
Daniel Bégard

Atelier Neitzert « on ne voit pas vraiment ce que l’on voit «
ATELIER NEITZERT : Voir … C’est savoir voir !
Il y aura bientôt une décennie que Jörg Neitzert en sa galerie atelier de Saint-Chinian fait entendre chaque saison, un discours décalé et en conséquence différent des programmations dominantes dans la région. On lui doit, à ce titre de belles réussites questionnant l’art contemporain, et le rapport de celui-ci au monde actuel, sans parti pris ni exclusive, nous permettant ainsi d’avoir un regard utilement critique et d’en comprendre les enjeux. Ces dernières saisons, il aura orienté insensiblement ses propositions en s’éloignant de l’esprit purement « galerie », fut-ce en médiateur critique ou didactique, pour gagner peut être un peu de sérénité et d’humour, et ce en exposant des propositions dont l’esprit revisiterait la tradition des cabinets de curiosités . Ceci peut être pour répondre à une certaine lassitude ou à un désenchantement « contemporain » qui en menacerait les dernières survivances.
Regard d’artiste au L.A.C. Sigean
REGARD D’ARTISTE 20 juin – 20 septembre 2009
Bernard Aubertin Jan Schoonhoven Evert Lundquist JCJ Vanderheyden
au L.A.C. Lieu d’art contemporain Hameau du Lac
Le singulier regard du LAC
Les propositions artistiques de l’été subissent-elles les ébranlements économiques du temps ? il semble toutefois qu’il soit encore possible, en réduisant la voilure et modestement, de continuer une politique de curiosité de l’art contemporain. La sagacité et l’intrépidité de Piet et Layla Moget les ont ainsi conduits à une proposition qui perpétue, en quatre artistes le singulier regard qu’il savent entretenir.
Bernard Aubertin établi en Allemagne fut proche un temps d’Yves Klein puis se rapprochera du groupe Zero de Düsseldorf. Il poursuit depuis un registre personnel où dominent les vrais ou vrais faux monochromes, et jeux de lumière sur des couches unies ou subtilement mêlées. Un travail subtil mais difficile d’accès. JCV Vandherheyden s’inspire des jeux d’échecs où il joue des perceptions qu’il nous impose par les déformations, les colorisations dont il use. C’est talentueux , mais on peut préférer sa fausse fenêtre , faux pop art mais vraie nostalgie photographique, d’une vague ou d’un nuage sur fond bleu dans un carré jaune . Pas si amusant et bien plus sérieux que cela en a l’air !.
Evert Lundquist peintre Suédois disparu il y a une quinzaine d’années est le plus intrigant du quatuor. Nous ne disposons que de petits formats mais la manière insolite qui est à l’oeuvre, figures et teintes esquissées ou gommées sont indéniablement d’un vrai peintre . Oublié, même chez lui , Lundquist y fera l’objet d’une rétrospective en fin d’année , puissions-nous donc en avoir l’an prochain quelques retombées !
Jan Schoonhoven né à Delf fut un proche lui aussi du monochrome et de Düsseldorf. Le travail qui est montré à Sigean fait de surfaces blanches , grisées, où de dessinent de rigoureuses géométries ou de légers volumes intéresseront par sa rigueur, mais laisseront sur sa faim.
Au total une proposition , comme en demi teinte, mais certainement proche des intérêts du regard de Piet Moget. Nul doute donc que l’on reverra chez lui un approfondissement de l’un ou l’autre. Il est donc conseillé de ne pas manquer cette répétition par ailleurs judicieusement sortie des lieux communs et autres facilités estivales.
Daniel Bégard
magazine olé
Mark Lockett – piano Satie I love you
texte de Valérie Schlée
143 : Satie, I love you (Vexations)
Mark Lockett – piano
La Coopérative d’art et de littérature, Montolieu
16 et 17 mai 2009
« Pour se jouer 840 fois ce motif, il sera bon de se préparer au préalable et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses »
Les immobilités impossibles et pas sérieuses des humains
18h 03
25 humains et un pianiste
première Vexations posée 
assis le long de la virgule de chaises
assis devant la baie vitrée, face au pianiste
assis sur l’escalier, dos au pianiste
assis au faîte, en maître
se levant, diagonale vers une toile
déambulant sur la coursive
filmant, photographiant
deux enfants sur les genoux
un enfant tombe de sa chaise
fracassent le silence autour du pianiste
arrivent, s’embrassent
petite graine après chaque motif
prélevée dans un bol, lâchée dans un autre
840 graines, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8
le son du grain dans le bol
sortir, revenir
assis met sa veste
assis regarde ses pieds
assis, regard perdu
assis souriant
pianiste souriant derechef
debout, choisissant des cartes
assise dormant
conciliabule devant la porte
motifs se mêlant à la parole
motifs en monochrome
assis dans l’histoire d’un événement
celui qui parle à voix basse
celui qui écoute de place en place
film se déroulant, la musique aussi lente
qu’un film de Duras
pleine alors que vide à son début
celle avec un soleil sur un sein
celui dans sa barbe
celui écrivant
celle fouillant son sac
celle bras nus
celle pieds serrés à plat
celle en danseuse
celle s’essuyant les mains dans un foulard
celui flashant
celui toussant, celle pareille
regardant la vitrine
celle partie boire un thé
celle qui s’absente
celui qui parle de transe
ceux qui fument dehors
ceux qui bavardent doucement
ceux qui visitent Clauzel et Degottex
ceux qui rêvent de version jazz
ceux qui pensent à la nuit
ceux qui parlent d’autisme, d’ascétisme
la tête du pianiste par-dessus le couvercle du piano
son regard amusé, interrogateur
son regard qui guette
celle derrière le poteau
celle dans le carré de lumière
le son de clavecin du clocher
19h
20 humains et un pianiste
celle qui bat le rythme avec ses pieds
celle qui n’a pas bougé
celle la tête penchée
celle qui frissonne dans sa veste
celui qui descend les escaliers
le trait rose en travers de la proue du piano
verticalité du son, de la couleur, du buste du pianiste
au sol la trajectoire de chaque personne
celle qui prie
celle qui imagine que le pianiste trébuche
celle qui s’accoude à la balustrade
un enfant traverse l’espace à grands pas
l’enfant demande : ça finit à quelle heure ?
- demain à 16 heures – sans voix
celui la tête dans les mains
celle qui regarde ses mains
celle qui avance lentement
celle qui s’éloigne sur la pointe des pieds
celui qu’on n’a pas vu entrer
ceux qui relisent sans fin les notes d’intention
celui dont l’ombre passe longue
8 humains et un pianiste
Celle dont les doigts de pieds bougent
Celle qui guette le passage de la graine
Pour le son pour le geste pour la ponctuation
Celle qui voudrait sortir, n’y arrive pas
20 heures
25 humains et un pianiste
celle qui fait l’ange au balcon
comme dans la bibliothèque de Wenders
le pianiste va-t-il se mettre debout
des enfants courent dans les graviers
le regard du pianiste plus présent et va loin
échange d’un sourire nourrissant
celle qui ne veut pas manger devant le pianiste
celle qui s’est assise à l’étage
celle qui rapporte à manger
dans un grand sac plastique
celle qui fait tourner les pages
celle qui caresse le dos de sa voisine
celui qui éteint les lumières
sauf celles de l’allée centrale
celle qui médite les yeux fermés
dos droit jusqu’au chignon
le visage du pianiste émacié
le bruit des couverts, celui dans le ventre
le regard du pianiste vers le bol, lequel
les rides sur son front
celui qui pense que le pianiste va devenir fou
c’est lui qui décline
ceux qui mangent silencieusement
ceux qui servent le vin en coulée tranquille
celui qui invente le langage musical avec ses mains
celle qui regarde les autres manger
pour soutenir le pianiste
celle qui coupe du pain
celui qui dit on est heureux
celle qui se ressert du vin
celui qui rit des haricots, cailloux
graines qui prennent d’autres noms au fil des heures
21 heures 20
25 humains et un pianiste
celle qui a froid fume
ceux qui partent après 5 minutes l’air halluciné
ceux qui croient avoir croisé la folie
un lévrier crème lorgne vers la porte
celle seule à entendre des fausses notes
celle qui sort avec le sac en plastique
celle qui cherche la cafetière
celle qui voudrait boire encore
celle qui met une porte entre elle et le piano
pour les oiseaux du crépuscule
celle qui regarde la profondeur de la nuit
à travers les fleurs d’acacia
celle qui désire toucher le dos du pianiste
celle qui voudrait lui caresser les chevilles
celle qui rêve de lui masser la nuque
le pianiste rendu intouchable encadré par la porte
celle sur le mur rouge qui écrit
celle qui regarde l’accent rouge de coopérative noire
celle qui pense aux variations Diabelli
un téléphone sonne et le pianiste passe
de la verticale à l’oblique puis revient
vexations temporaires, les chauve-souris entrent
le chien errant se fait traiter de salopard
la politique n’a pas compris
elle attend d’autres morceaux de Satie
la politique trouve que c’est une très mauvaise idée
de diffuser ces vexations par les haut-parleurs du village
22 heures de vexations, c’est trop pour la politique
on règle des affaires à distance
on rit on ne sait pas ce qu’on dit
on prépare du café en se bouchant les oreilles
on demande de pouvoir venir avec son chien
demandez donc à Satie
un saxophoniste n’y croit pas
deux fois qu’il revient et le pianiste est toujours là
on rapporte du tuocha et on partage du chocolat
les noisettes font un bruit effrayant sous les dents
on chantonne maintenant
on est allé se coucher dans sa voiture
23 heures
15 humains et un pianiste
une belle femme tellement figée
le pianiste la main droite sur le haut de la cuisse
mais la ligne de basse oblige
on ne se parle presque plus
on rit de plus en plus doucement
on ne sait pas si on tiendra
on s’étonne de la concentration du pianiste
son sourire est amer maintenant
le piano Lefèvre Albi n’a pas bougé lui non plus
quelqu’un éternue à l’étage
le pianiste fronce les sourcils
sourit légèrement, soupire
le parquet grince au-dessus
quelqu’un enlève ses lunettes
quelqu’un s’endort sur son bras
quelqu’un n’a pas froid aux pieds
quelqu’un dont le dos s’est affaissé
3 humains et un pianiste
on n’a plus de notion de l’heure
le pianiste se frotte le nez
une voiture arrive, 6 personnes toutes neuves
une main glisse sur la rambarde en métal de l’escalier
et sonne la descente
4 personnes de plus
23 heures 10
13 humains et un pianiste
un couple d’allemands est abasourdi
la nuit bourrée d’étoiles bruit
24 heures 39
20 humains et un pianiste
une s’est couchée dans l’escalier
un soupire, un autre chuchote encore
le pianiste boit une gorgée d’eau
une autre avec un autre motif
12 humains et un pianiste
un se tient debout les bras croisés
le regard vague du pianiste
une ne cesse de suivre la partition
plusieurs viennent encore
une monte se coucher dans une cuve
un pose un café au pianiste
plusieurs regardent l’exposition
un déambule en chaussettes ajourées
une dessine un croquis
un dessine un croquis
un autre accroupi contre un poteau
plusieurs parlent encore dehors
3 heures 30
3 humains et un pianiste
celle qui pleure
la musique et le pianiste sont si tristes à cette heure
une couverture sur les épaules
celle qui ne veut pas se coucher
7 heures
12 humains et un pianiste
celui qui n’y croit pas revient
le pianiste est toujours là
8 heures 30
10 humains et un pianiste vertical
croissants frais dans une euphorie naissante
10 heures
15 humains et un pianiste
celui qui arrive a déjà entendu ce morceau
celle qui imagine la venue du loueur de piano
et de l’ambulance pour le pianiste côte à côte
celle qui reste 5 minutes dont les doigts gèlent et pleure
celle qui fait tinter son gilet sur un poteau
le sourire du pianiste persistant
ce moment historique dans la durée
14 heures 15
20 humains et un pianiste
qui cherche maintenant du regard, nous revient
quelques graines dans le bol inversé
et le son de ses doigts cherchant les dernières
ceux qui sourient, entendus, entendants
ceux qui curieux
ceux qui jubilent
ceux qui pensent que se levant tombera
celle qui venue hier pour la première heure,
revient pour la dernière
le pianiste sans un mot depuis 20 heures
saura-t-il articuler un mot ?
celui qui peint à l’aquarelle
la dernière figure du pianiste
celle qui se rapproche du pianiste
presque on pourrait le toucher maintenant
celui qui capte les dernières graines
le pianiste regarde de plus en plus souvent le bol,
hésite, motif marqué de silence suspendu
le pianiste yeux écarquillés
dans la lenteur soutenue
celle qui voudrait le soutenir
15 heures 03
40 humains et un pianiste
silence plein
applaudissements et bouillon d’émotions
le pianiste prononce :
« écrit sur une seule page »
valérie schlée
Espace d’art mobile Sète – HORIZONS
Mobile art space 3 quai Aspirant Herber Sète 
du 9 avril au 10 mai 2009
Exposition ouverte tous les jours 17:00 – 19:00
le mercredi, samedi et dimanche à partir de 14:00 – 19h00
Sabine Rhetore, globes Mary Moriceau, vidéo Doris Schläpfer, vidéo
Antoine Rousselle, vidéo Alexandre Gilibert, vidéo Vincent Cunillère, photo
www.mobileartspace.org/Horizons@sete/accueil.html
L’objet de cette exposition étant de présenter des visions variées de notre monde, pays, région, ville aux populations situées à l’exacte antipode de notre situation géographique.
Nous étions particulièrement touchés par la vidéo d’ Antoine Rousselle, projetée dans le puit de l’antipode:
KIA ORA TUAKANA
En language Maori: Bonjour et bonne chance frère


de Kathleen Burlumi
read text in english.
L’artiste est seul debout, pieds nus, tout à la fois mime, marin, shaman. Il tend ses bras vers nous, comme s’il venait des antipodes. Mème quand il bouge, danse, nage, il occupe le même espace et communique avec nous par gestes. Un monde complexe gravite autour de lui à une vitesse vertigineuse. Il se protège en se refermant sur lui même tel un coquillage, puis ressort de sa coquille prêt à recommencer.
Dans ce monde simple et pur, paradisiaque, les fruits de la mer et de la terre lui sont offerts, et il les offre à son tour à Dieu et à nous.
Nous le remercions pour le miracle d’être là où nous sommes.
Des projections rapides d’images de la ville de Sète à travers les époques envahissent l’écran : tout d’abord la mer, puis le port, et tous les changements de la ville, industrialisation, urbanisation, publicité et société de consommation.
Nous visualisons en accéléré la construction de notre société au sens psychique et matériel. Graduellement nos actions grotesques et destructrices nous enterrent.
C’est une représentation de dix minutes avec d’innombrables images qui effleurent notre cerveau comme lors d’une Expérience de Mort Imminente (EMI). Le temps s’arrête et nous sommes noyés.
Ceci n’est bien sûr que la description réductrice d’une oeuvre d’art complexe et émouvante. Elle suggère des paradoxes en abondance. Sous notre créativité se cache notre brutalité. Sous notre superficialité se cache notre spiritualité.
Lors de notre passage sur cette belle planète nous sommes incapables de séparer ce qui est sous notre contrôle de ce qui est inévitable.
Le bruit et l’odeur de la mer semblent relier Sète, dans le Sud de la France à l’île de Chatham en Nouvelle-Zélande.
Sète est le miroir, le microcosme de notre monde. L’artiste shaman est peut-être le symbole de notre humanité, de notre force intérieure, et peut-être port-t-il en lui l’espoir de trouver de vraies valeurs.


english
by Kathleen Burlumi
The artist stands bare footed; part-mime character, part sailor, part holy man, reaching out for us from the other side of the world. He never moves from his place, although he swims and dances and makes signs of communication. A complex and ultimately horrendous world grows with startling speed around him and he takes refuge by curling himself up like a shellfish. Afterwards, unchanged, he is ready to begin again.
- We were born into a pure and simple world, a paradise, where everything is good. The fruits of the
planet, the sea and the earth make offerings to us and we in our turn make offerings to one another
and to God. We give thanks to the miracle of being where we are.
Little by little we see flash-forwards of the town of Sète; at first at the sea, then the port, then more and more activity. The town grows through urbanisation, industrialisation, advertising and consumerism. We are lead through the dizzying constructions of our society both in the psychic and the material sense and gradually, the acceleration of our grotesque and distructive course overtakes us.
A ten minute presentation with an uncountable number of images crossing our video-receptive brain is a kind of near-death experience. If we let ourselves drown – no time passes.
This is of course, only a reductive description of a complicated and moving work of art. Many paradoxes are suggested, underlying our creativity and our brutality, our spiritual capacities and our superficiality. We are incapable of separating the controlable from the inevitable through our extraordinary passage through our lovely planet.
The sound and the smell of the sea, in the context of the port, seem to link our two hemispheres, Sète in the South of France to the Chatham islands in New Zealand.
Sète is the mirror, a microcosm of a place within history. The shaman-artist is perhaps a symbol of our humanity – our natural generosity, our inner strenghth, and our hope that we will value our real treasures in the end.
Hamid Maghraoui
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- Macro industrie
Une installation vidéo au L.A.C. à Sigean
A l’initiative de la galerie Boîte Noire de Montpellier
Du 28 février au 15 mars, weekend only, de 15h00 à 18h00
- Photographies et installations vidéo
Du : 26/02/2009 Au : 26/04/2009
Lieu : Chapelle des Pénitents Bleus
Exposition d’un détourneur de réalité
Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h
Hamid Maghraoui est un illusionniste. Tout en détournant des objets de la vie courante de leur fonction, il joue sur la lumière du jour, l’éclairage artificiel, le cadrage ou encore la distance, dans un effet de trompe l’œil. « J’improvise en extérieur un studio photo avec deux bouts de ficelle et un carton. Après, cela devient magique en apportant quelques transformations. Ma démarche se veut simple, épurée et efficace. »
Informations :
Service Culture et Patrimoine
04.68.90.30.65 / culture@mairie-narbonne.fr


